Radio-Lyon

Fondation de Radio-Lyon
1923-1925

A Lyon, comme dans de nombreuses villes de France, on est au courant de ces nouveautés passionnantes. Les plus entreprenants achètent ou construisent leurs récepteurs à galène ou à lampes T.M. et tendent dans leur jardin ou sur le toit de l'immeuble de longues antennes pour capter "Tour-Eiffel", "Radiola" Paris, ou quelques stations étrangères. Malheureusement un handicap frappe le secteur : la puissante station radiotélégraphique de LA DOUA qui communiquée avec les lointaines colonies, produit de très sérieuses perturbations sur les ondes avec son émetteur à arc. Lorsqu'elle trafique, l'audition de postes situés à plus de 500 kilomètres est bien souvent impossible. Depuis quelques mois, il est vrai, un petit émetteur installé par les PTT à LA DOUA effectue des essais de Téléphonie Sans Fil en transmettant "des disques de phonographe" de 10 heures 30 à 11 heures 15 et les cours de la bourse à 15 heures 15, mais cela est bien insuffisant. Dès le mois de février 1923, il est évident qu'une véritable radio locale serait bienvenue.

L'un des premiers persuadé est le dynamique administrateur de la SFR, Emile Girardeau. La SFR (Société Française Radio-électrique) est la plus importante entreprise française du genre. Elle fabrique non seulement le matériel lourd des stations d'émission, mais aussi des récepteurs à usage des particuliers. Emile Girardeau qui vient de mettre en service "RADIOLA", la première station privée française de radiodiffusion à Paris est bien persuadé qu'un émetteur local est indispensable s'il veut vendre ses récepteurs dans la région lyonnaise, peuplée et réputée riche. Ainsi envoie-t-il à Lyon l'un de ses proches collaborateurs, l'enthousiaste Maurice VINOT. Les premiers contacts avec diverses associations sont sympathiques, mais n'aboutissent pas à des réalisations concrètes.

C'est alors qu'interviennent Jean Claude Dubanchet et Hippolyte Trolliet, négociants en métaux et articles de quincaillerie. Depuis quelques temps, ils fournissent aussi divers appareils "dépendant de l'industrie électrique". Ils ont perçu l'intérêt de ce marché et en particulier l'avenir extraordinaire de la TSF. Passionnés et tenaces, les associés se lancent dans l'aventure dès la parution du décret du 24 Novembre 1923, réglementant l'établissement et l'usage des postes radio-électriques privés. Ils prennent contact avec la CFR, filiale de la SFR et négocient une association aboutissant à la location d'un matériel d'émission.

Jean-Claude Dubanchet
Créateur de Radio-Lyon

 

Premier studio de Radio-Lyon
Rue de Marseille

L'installation se fait dans deux locaux contigus loués 39, rue de Marseille et 66, rue Béchevelin à Lyon en plein quartier de la Guillotière. L'émetteur de puissance relativement modeste (500 Watts) est contenu dans quatre armoires en tôle peinte partiellement grillagées. A l'extérieur apparaissent, voltmètres, ampèremètres et quelques manettes de réglage. A travers les grilles, il est possible de distinguer: bobines de selfs, rhéostats et lampes amplificatrices de puissance. Ce matériel provenait disait-on de l'émetteur RADIOLA de Clichy remplacé par une installation plus puissante. Les fils d'antenne sont tendus au dessus des toits. Le studio se trouve dans une modeste pièce d'habitation proche de l'installation technique. Le meuble principal est un microphone à grenaille de charbon type Radiola. Dans la partie supérieure d'une curieuse construction en bois à quatre pieds écartés, d'une hauteur de un mètre quarante, il repose comme dans un hamac sur une bande caoutchouté pour éviter les vibrations parasites. Se trouvent là également un piano, un violoncelle, des porte-partitions, une table, des chaises, un portemanteau... au mur en grandes lettres le mot : SILENCE.

Une demande d'autorisation d'émettre est adressée à l'administration des PTT en octobre 1924. Sans attendre une réponse favorable ou défavorable, on fait des essais et le 1er Décembre commencent les émissions régulières sur 287 mètres, ondes moyennes. L'inauguration de RADIO LYON a lieu enfin le 1er Avril 1925. L'une des toutes premières stations françaises de radiodiffusion privée à vocation locale et régionale est née.

Poste S.F.R. 500 Watts antenne
Le premier émetteur de Radio-Lyon
Rue de Marseille

A cette époque, les programmes journaliers commencent à 12 heures 30 par des "INFORMATIONS" suivies à 12 heures 45 par un "RADIO CONCERT" pendant environ une heure. L'émission se termine par la retransmission des "COURS DE LA BOURSE DE PARIS". A 20 heures 30, reprise avec des informations, puis à nouveau concert jusqu'à 22 heures. Le Mardi et le Vendredi, ceux qui ne craignent pas de veiller encore profitent du "RADIO DANCING".

La musique occupe ainsi la place principale. Il s'agit de la diffusion en direct d’œuvres interprétées par l'orchestre de la station ou des artistes de passage. On retrouve les expressions de : concert vocal et instrumental, de musique classique, de musique de chambre, de musique légère, de musique viennoise...

Les retransmissions de disques étaient peu appréciées, donc rares. On plaçait simplement le microphone devant le pavillon d'un phonographe. Les sons arrivaient dans l'oreille de l'auditeur déformés et nasillards.

Fin 1925, le radio-électricien de la petite station de Mont-de-Marsan, Monsieur Trubert, avait bien eu l'idée de remplacer à l'extrémité du bras de lecture le diaphragme du phono par le petit moteur d'un haut parleur électromagnétique sur lequel il fixait l'aiguille d'acier habituelle. Les résultats étaient jugés très bons, mais il s'agissait d'un bricolage local... C'est seulement à partir de 1929 que RADIO LYON utilise son premier "PICK-UP" à l'époque où la commercialisation de cet instrument se généralise. La position juridique de RADIO LYON, comme celle des autres stations privées régionales est peu confortable. L'administration ne s'engage pas et peut en application du décret-loi du 27 décembre 1855 sur la télégraphie retirer d’un moment à l’autre l’autorisation d’émettre. Sera-t-il possible d'augmenter la puissance pour atteindre un auditoire plus large ? Pendant de nombreuses années, les autorités politiques et administratives parviendront difficilement à trancher entre les inconditionnels du monopole d'Etat et les partisans de l'initiative privée pour établir un statut convenable de la Radiodiffusion.

La situation financière est également précaire. Les premiers temps, "la diffusion de nouvelles visant des intérêts particuliers et pour lesquelles la Compagnie recevrait une subvention à quelque titre que ce soit" est interdite. L'entreprise vit alors principalement sur les revenus procurés par la vente de "RADIO LYON JOURNAL", hebdomadaire donnant les programmes de diverses stations françaises. En plus, la CFR accorde aussi quelques avances et espère obtenir une redevance du syndicat des constructeurs de lampes et récepteurs. L'avenir semble se présenter un peu mieux, à partir de Juillet 1925 lorsque le ministère PAINLEVE autorise la publicité. Il sera alors question d'émissions offertes par "Le salut Public", "Le Nouveau Journal" ou du grand concours organisé par les magasins "Sigrand et Cie"; mais la puissance relativement faible de l'émetteur qui limite sa portée à la ville de Lyon et aux environs immédiats réduit l'intérêt pour les annonceurs et de ce fait leur nombre.

1924

Haut-parleur
électro-magnétique
à pavillon

1927

Haut-parleur
électro-magnétique
à diffuseur
papier ou carton

1931

Haut-parleur
électrodynamique

 

 

 

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